PRESQUE


THOMAS WATTEBLED
Avec le soutien aux galeries / exposition du CNAP Centre national des arts plastiques.


Presque

Vernissage le Vendredi 24 Janvier 2020 de 18 h à 21 h
24.01 – 22.02.2020


— « La réalité est un faux trompe-l’œil » —


Dans un monde où la performance est devenue le mot d’ordre, où l’on se doit d’être ou d’avoir que des numéros 10 dans son équipe, Thomas Wattebled se joue des symboles de représentation du champion, du « winner », du conquérant, et les détourne pour rendre gloire au « looser ». C’est un travail qui ne se prétend pas politique et qui pourtant touche aux problématiques contemporaines de nos sociétés occidentales liées au diktat de la réussite, du rendement, de l’efficacité, du résultat, à travers le prisme du sportif et de la compétition, ou plutôt de la « contre-performance ».

Chaque idée commence par être spontanément et finement dessinée avec humour avant d’être épinglée discrètement dans l’atelier. Une série de dessins qui tendent au dépassement de l’artiste avec le défi de les réaliser et de leur donner forme, par le geste et dans l’action.

Aller jusqu’au bout. Rendre possible une idée simple par un geste fort.
Quitter la candeur et la naïveté dans l’effort. Percer une échappée pour mieux (se) perdre.

Une poésie de l’entre-deux, une poésie du « P R E S Q U E ».
Presque rien, Presque normal, Presque parfait,
Presque drôle, Presque raté, Presque Idéal.

Idéal comme ces corps sculptés en salle à pousser de la fonte dont s’est inspiré Thomas pour créer les « Mégamasses » composées d’altères et de protéines. Glutamine, Créatine, Taurine, sont les stratagèmes utilisés par celui qui sculpte son corps de la même manière que le béton allégé permet au sculpteur de « faire grossir » une forme. Ces modules organiques et volumineux voudraient nous faire croire à l’existence d’une masse dense et écrasante, en hommage à ces corps athlétiques et musclés de l’Antiquité. En vain. Mais attention, leur légèreté ne réduit pas leur valeur. Au contraire. Ils deviennent alors la fonte de l’artiste, de celui qui les sculpte, de celui qui les porte, de celui qui recherche la forme parfaite.

Un romantisme du ridicule.
Celui du corps parfait. Celui de corps glorieux.
Un romantisme de la détresse.

La tristesse de nos ronds-points, devenus un symbole de contestation et un point de ralliement de ceux·elles qui tiennent à crier leur révolte, est apparue à Thomas bien avant que le peuple français s’en empare, et abandonnés depuis par ce dernier. C’est en 2015 que l’artiste commence une série de performances dont la seule trace restent ses photographies : Les échoués. Un titre en référence à ces centaines de bateaux abandonnés et déposés seuls au milieu des ronds-points bretons sensés représenter vaillamment l’héritage culturel d’une région attachée à une histoire de la navigation, devenus désuets et inutiles, ne pouvant plus naviguer et dont la destruction couterait bien trop chère. Face au paradoxe de ces navires déchus et déguisés en héros, l’artiste décide alors de les répertorier et d’y faire éclater majestueusement ces feux de détresse utilisés par les marins en cas de tragédie et par les skippers en cas de victoire : « même objet, mêmes gestes, même lumière rouge passionnée qui fait le trait d’union entre la victoire et la détresse. »

Poésie et Non-sens.
Le comique mélancolique.

Chagrin est le nom donné à cette fontaine de zinc réalisée par Thomas dont seul le bruit de l’eau en sort et dont le dessin préparatif y figure le visage serein d’un homme emprisonné dans cette structure, comme apaisé par le son des clapotis. Ce même son qui vous aura fait venir jusqu’à elle tel le chant des sirènes. Une fois le chemin parcouru pour la retrouver, l’oreille tendue, c’est une sculpture étincelante que vous trouverez face à vous. Cette dame de fer trône seule dans le noir, de manière théâtrale, et vous offre un spectacle semblable à celui d’un oiseau en cage. Une sculpture dont la beauté réside dans l’invisible et l’audible, dans l’imaginaire et son insatisfaction.

Tromper.
Donner volontairement une idée erronée de la réalité. Faire illusion. Induire en erreur par la ruse.
Dissimuler pour Échapper. Dissimuler pour Déjouer. Se jouer des apparences.
Révéler.

En 2017, Thomas photographie les traces laissées par cette enseigne de supermarchés qui a su marquer les consciences en devenant le symbole -enfin, le sponsor- de l’illustre maillot à pois du meilleur grimpeur. Douze ans plus tard, son empreinte est toujours là, en négatif, comme victorieuse d’un temps qui n’aurait pas dégradé son image. L’artiste s’en empare à la volée et lui rend sa superbe en intitulant ce cliché Ex-Voto. Un travail du vide et de l’absence qui avait déjà commencé en 2014 avec une première série d’estampes où l’artiste tamponne l’interjection NO MORE jusqu’à sa disparition. Un rapport aux mots et à la typographie, à l’image et à la mémoire, à la lecture et aux doubles-sens qu’offrent les jeux de l’esprits, que l’artiste va développer au fil des invitations et inscrire dans un corpus d’œuvres allant de l’impression à la photographie, en passant par la sculpture et la performance, avec une grande cohérence.

…LE PLAISIR DE PERDRE LE PLAISIR…
…SENTIMENT DE RIEN POUVOIR AJOUTER AU SENTIMENT…

Frapper jusqu’à effacer NO MORE, préserver l’empreinte de CHAMPION disparu, dépecer son pactole pour LE PLAISIR DE PERDRE, tourner en rond face au SENTIMENT DE RIEN POUVOIR AJOUTER, détaler à toute vitesse une fois son objectif lancé, sont autant de gestes NULS SI DÉCOUVERTS.

L’artiste interroge et met à l’épreuve notre perception. Les illusions sont perméables à la connaissance et proviennent des erreurs d’interprétation de notre cerveau qui cherche à mettre, à donner du sens, en regard à une situation, selon notre expérience, notre culture.
À travers une chorégraphie de cyclistes dans la ville, Thomas témoigne des nouvelles formes de solidarités développées par ces livreur·euse·s 2.0 symptomatiques de l’ubérisation de nos sociétés. Une performance qui s’adapte et se réécrit au fil des cités parcourues (Vilnius, Vitry-sur-Seine, Romainville). Ensemble ou esseulé·e·s, elles·ils pédalent sans but, portent des sacs noirs vides aux formes et volumes inhabituels, prennent la pause figé·e·s sur leur écran de smartphone attendant la prochaine instruction, repartent, se retrouvent, se rassemblent, et composent des totems aux formes variables à des points névralgiques des métropoles, avant de repartir se fondre dans la masse, se perdre, anonyme. Aux feux rouges ou dans les rues, tou·te·s s’y méprennent et les confondent avec ceux·elles qu’elles·ils miment jusqu’au moment où le simulacre s’efface pour donner place à l’intervention artistique et à la réflexion, dans espace public. Un bal subtil et silencieux en réponse à cette mise en concurrence pernicieuse des travailleur·euse·s indépendant·e·s qui tend à s’infiltrer dans tous les secteurs d’activité.

SHIFT
RETOUR À LA CASE DÉPART.

Ceci est un mauvais trompe l’œil clôture une exposition qui pourrait être terminée si nous décidons de restons en surface et propose en vérité de tout recommencer, de repartir à zéro, comme si de rien était.

PRESQUE.

La réalité est un faux trompe-l’œil.
Elle s’en approche de si près, qu’elle en est comme équivalente.

Aurélie Faure


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